Si la métempsychose existe, j’aimerais être réincarnée en chien, si possible en gentil molosse, du genre qu’on peut croiser se prélassant sur les grasses pelouses de jardins bien clôturés d’une bourgade à la Wisteria Lane. Ce ne serait pas pour le plaisir de rattraper la ba-balle, ni pour la mastication monotone de l’os à moelle hebdomadaire, encore moins pour les gratouilles intempestives sur le ventre – autant être un chat dans ce cas, et éviter les jeux avilissant et la menace de l’euthanasie au premier coup de griffe. Non, le cabot possède un avantage indéniable sur le matou : la capacité, le droit, voire le devoir canin d’effrayer le facteur.

Parce que, franchement, qui trouve encore du charme à ce héros faussement intemporel qui chevauche une petite reine à pétrole, qui n’a plus le droit de porter jusqu’au seuil de votre huis les volumineux colis et qui, soyons honnête, n’apporte jamais de bonnes nouvelles ? Tiens, par exemple, quand vous a-t-il apporté pour la dernière fois une vraie lettre d’amour, une de ces épîtres enflammées, rédigée à la force d’un poignet passionné et soigneusement glissée dans une enveloppe en papier crème satiné, modèle 120 g/m2 ? Vous avez bien cru, une fois ou l’autre, en discerner une parmi les factures, votre magazine hebdomadaire et les documents fiscaux, mais ce n’était qu’une pub déguisée en missive angélique.

A décharge du commis postal, l’art de la plume bien faite, du poème manuscrit d’inspiration verlainienne se perd. Aujourd’hui, une déclaration d’amour consiste à modifier ses infos personnelles sur Facebook et à poster sur le profil de l’élu(e) l’image volée sur Google d’une citation qui ne nous appartient pas.  Lorsque quelques preux chevaliers se risquent encore à décharger sur papier, c’est pour coller au post-it leur numéro sur votre pare-brise. La forme est originale mais le fond laisse à désirer. Notre génération manque d’inspiration et le service public a bien été contraint de faire quelques restructurations.

Pourtant, je demeure une optimiste qui gage que si le contexte est propice, le beau matériel fourni et la caïpi bien servie, chacun peut (re)trouver en lui l’habilité d’un écrivain. Et que si en plus votre billet doux est remis en mains propres à votre âme sœur par de pétillants facteurs d’amour, irréductibles faiseurs de bonheur, votre inspiration (re)naîtra toute seule au clair son de leur accordéon.

Il ne me reste plus qu’à choisir le destinataire, Pierre, Jean ou Hubert ? Les facteurs sont là tous les soirs, de quoi peut-être tous les émouvoir.

Service public facteur d’amour
A la Cité, du 10 au 15 juillet, de 17h30 à 21h30

 

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