Moi, j’aime pas avoir le trac

Il y a environ quatre mois de cela, alors que je désespérais de progresser, j’ai prié mon professeur de piano d’être plus stricte avec moi, de me challenger afin que je retrouve motivation et concentration. Sa solution ? M’inscrire à l’audition de juin. Ma réaction ? Moi, jouer en public ? Les doigts dans le nez. Le trac ? J’connais pas. La timidité ? Exclue dans mon métier. Beethoven ? Trop facile, il était sourd !

Blablabla. Sourire en coin de ce cher professeur.

L’objectif premier fut atteint : j’ai bûché, joué, révisé, je me suis énervée, transportée, perfectionnée. Puis, le 22 juin est arrivé…

Savez-vous ce qu’est le trac, le vrai ? Celui qui vous glace les phalanges, qui fait claquer vos genoux, qui déverse dans votre estomac comme une pluie de petits clous venant détraquer vos entrailles d’une manière qui vous semble irréversible ? Interdite de petit coup de rouge prophylactique, c’est le souffle coupé que j’ai gravi les marches de l’échafaud. Une fois inconfortablement installée devant mon bourreau, l’impensable s’est produit : mes feuilles de partition étaient vierges, les notes, lâches et inconstantes, s’étaient fait la malle. Plus rien, mes yeux stressés ne discernaient plus rien de ces mesures que je connaissais par cœur une heure auparavant. Mes doigts tremblaient sur le clavier, mon pied droit vibrait sur la pédale, mon front se perlait de sueurs froides. 7 minutes et 18 secondes de souffrance pour une leçon d’humilité hors du commun.

Raconté ainsi, on imagine que ce fut le pire moment de ma vie. Et cela serait le cas si le public n’avait pas été touché. Car, allez comprendre, les erreurs comme les tremblements sont passés pratiquement inaperçus, laissant la place à un sentiment de musicalité. De retour dans l’assemblée et alors que mon rythme cardiaque ralentissait péniblement, une vieille dame assise derrière moi me serra chaleureusement l’épaule et me chuchota : « Je suis entrain de la travailler cette pièce, elle est redoutable ! ». La musique est un partage, l’artiste n’est rien sans son public et la prestation n’a aucune valeur si vous n’avez pas un tout petit peu peur.

Alors quand le Festival de la Cité vous donne l’opportunité de monter sur scène, d’être la star d’un soir, que ce soit en défiant à coup de gratte d’autres festivaliers ou en entonnant vos standards de rock préférés, saisissez-la sans hésiter. Car mon petit doigt (qui a enfin cessé de trembler) me dit que vous allez adorer et que, pourquoi pas, votre carrière pourrait ainsi être lancée.


Karaoké From Hell
Scène de la Fabrique, samedi à 23h45
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Variété je t’aime
Rue de l’Académie, vendredi, samedi et dimanche à minuit
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Duel de guitares héros
Rue de l’Académie, mardi, mercredi et jeudi, à minuit
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Moi, j’aime pas les facteurs

Si la métempsychose existe, j’aimerais être réincarnée en chien, si possible en gentil molosse, du genre qu’on peut croiser se prélassant sur les grasses pelouses de jardins bien clôturés d’une bourgade à la Wisteria Lane. Ce ne serait pas pour le plaisir de rattraper la ba-balle, ni pour la mastication monotone de l’os à moelle hebdomadaire, encore moins pour les gratouilles intempestives sur le ventre – autant être un chat dans ce cas, et éviter les jeux avilissant et la menace de l’euthanasie au premier coup de griffe. Non, le cabot possède un avantage indéniable sur le matou : la capacité, le droit, voire le devoir canin d’effrayer le facteur.

Parce que, franchement, qui trouve encore du charme à ce héros faussement intemporel qui chevauche une petite reine à pétrole, qui n’a plus le droit de porter jusqu’au seuil de votre huis les volumineux colis et qui, soyons honnête, n’apporte jamais de bonnes nouvelles ? Tiens, par exemple, quand vous a-t-il apporté pour la dernière fois une vraie lettre d’amour, une de ces épîtres enflammées, rédigée à la force d’un poignet passionné et soigneusement glissée dans une enveloppe en papier crème satiné, modèle 120 g/m2 ? Vous avez bien cru, une fois ou l’autre, en discerner une parmi les factures, votre magazine hebdomadaire et les documents fiscaux, mais ce n’était qu’une pub déguisée en missive angélique.

A décharge du commis postal, l’art de la plume bien faite, du poème manuscrit d’inspiration verlainienne se perd. Aujourd’hui, une déclaration d’amour consiste à modifier ses infos personnelles sur Facebook et à poster sur le profil de l’élu(e) l’image volée sur Google d’une citation qui ne nous appartient pas.  Lorsque quelques preux chevaliers se risquent encore à décharger sur papier, c’est pour coller au post-it leur numéro sur votre pare-brise. La forme est originale mais le fond laisse à désirer. Notre génération manque d’inspiration et le service public a bien été contraint de faire quelques restructurations.

Pourtant, je demeure une optimiste qui gage que si le contexte est propice, le beau matériel fourni et la caïpi bien servie, chacun peut (re)trouver en lui l’habilité d’un écrivain. Et que si en plus votre billet doux est remis en mains propres à votre âme sœur par de pétillants facteurs d’amour, irréductibles faiseurs de bonheur, votre inspiration (re)naîtra toute seule au clair son de leur accordéon.

Il ne me reste plus qu’à choisir le destinataire, Pierre, Jean ou Hubert ? Les facteurs sont là tous les soirs, de quoi peut-être tous les émouvoir.

Service public facteur d’amour
A la Cité, du 10 au 15 juillet, de 17h30 à 21h30

 

Moi, j’aime pas le foot

En cette période de coupe d’Europe, je fais partie de celles et ceux (oui oui, il y en a !) qui  fulminent contre l’omniprésence du ballon rond, la multiplication des écrans HD à chaque coin de bars et le détournement quasi systématique de l’attention publique, au profit d’un engouement que les incultes du sport comme moi ne comprennent pas.

Parce qu’on en a trop rarement l’occasion, j’en profite pour décharger ma jauge de protestation contre l’ubiquité d’un logo flashy sur mes produits de consommation courante, dont la plupart n’ont aucun rapport avec le foot. Je m’insurge contre les modifications de mon programme TV et contre l’absence de décalages horaires entre la Pologne et la Suisse. Enfin, je me révolte contre cette manie des paris sportifs, voie royale du blanchiment d’argent, mue officiellement par les prédictions d’un bestiaire ridicule, officieusement par les formules mathématiques douteuses des bistroteux. Pragmatique, je me console en profitant des promotions ad hoc et conclus, en pédante cynique de mauvaise foi, que le sport, ce n’est rien que du marketing.

Alors forcément, le 8 juin, je suis en porte-à-faux. Mais comme c’est accessoirement aussi le lancement des festivals d’été, j’ai d’autres chats à fouetter. Samedi soir, direction le Caribana, persuadée que la pop excentrique de Charlie Winston et les solos hendrixiens de Keziah Jones me protégeront de la folie du soccer.  Vers 21h00, attablée à une de ces familières tables en bois d’open air en compagnie d’une blonde et d’un fajitas, j’observe les autres festivaliers sans comprendre pourquoi leurs regards sont tous rivés dans la même direction, qui n’est en plus pas celle de la scène où vient de se produire le chanteur de Like a Hobbo.

Un grand écran trône au-dessus des tireuses à bières et du staff qui s’active. L’Allemagne rencontre le Portugal. Ben oui. Evidemment.

Je ne peux retenir une remarque de réac’ qui a pour effet miraculeux d’extirper mon voisin de banquette de son hypnose footbalistique. Après m’avoir servi un godet de blanc nyonnais, lui et ses acolytes entreprennent courageusement de m’expliquer les vertus de ce sport. Je pose alors quelques questions pratiques : Pourquoi les allemands portent-ils des maillots blancs ?  Quelle est la différence entre un carton jaune et un carton rouge? Pourquoi l’arbitre a-t-il sifflé juste à l’instant ? Leur patience m’émeut, leur enthousiasme me gagne et lorsqu’à la 72ème minute, c’est le but, je me surprends à bondir encore plus haut que les centaines de fans réunis sous la tente du bar Le Pub ! Est-ce que cela veut dire que je suis désormais une groupie de la Mannschaft ? Peut-être. Mais ça signifie surtout que, si je n’ai toujours pas compris ce qu’est un hors-jeu, j’ai saisi cette ardeur qui rassemble les supporters, cet amour de la compétition dans l’amitié et cette joyeuse capacité à les transmettre à ceux qui, comme moi, jugèrent, sans la connaître, la passion du ballon rond.

L’allégresse de la victoire nous poursuivra jusqu’au bout de la nuit musicale, jusqu’aux sons électrifiant des guitares de Keziah, à faire frémir les rives du Léman de Crans-sur-Nyon à Versoix. Et il est fort probable qu’elle me suivra jusqu’à la fin du championnat.

D’ailleurs, il faut que je vous laisse : Dans quelques heures, l’Allemagne affronte les Pays-Bas (qui risquent d’avoir les crocs vu leur surprenante défaite face aux Danois) et mes nouveaux amis du Caribana ne vont pas tarder à me rejoindre sous l’écran LCD de mon bar lausannois préféré.

And the winner is…

…Smarties, kleenex et Canada Dry!

Avec son touchant et très subtil spectacle Smarties, kleenex et Canada Dry, la comédienne Brigitte Rosset a remporté le Prix SSA 2012 de l’humour.
Ce nouveau prix (Aux suivants interprété par Yann Lambiel en avait été le premier lauréat en 2011) fait écho à l’importance de l’humour sur la scène théâtrale. Ce n’est que justice, tant cet art souvent brocardé dans la profession pour son apparent manque de sérieux jouit en Suisse romande (comme ailleurs!) d’une remarquable vivacité.

Honneur aux auteurs en fait: c’est bien le texte qui a été primé. Smarties, kleenex et Canada Dry a été écrit à trois mains: celles de Georges Guerreiro, de Jean-Luc Barbezat et de Brigitte Rosset elle-même.
Il sonde la profondeur d’une trahison sentimentale et de ses conséquences sur la fragilité de l’être humain. Comme quoi un tel sujet peut aussi être abordé avec une légèreté bien raffinée et ce qu’il faut d’humour.

C’est magnifiquement interprété.
Et c’est à voir sur la Place du Château, jeudi 12 juillet à 20h15.

Bravo aux vainqueurs!